Et je pensais que ce serait simple. Donner des nouvelles, faire des récits épiques de toutes ces choses qui m'arrivent depuis 54 jours, prendre des photos de l'environnement magnifique qui s'offre à moi chaque matin et soir. Eh bien non. Tout est tellement plus riche que l'on croit, plus profond. Je ne trouve plus les mots, je ne capture presque rien. Mon regard de Venise est différent de celui des touristes et de l'appareil photo, la valeur sentimentale que je porte à ce lieu lui donne une importance que rien ni personne ne pourra comprendre. Moi même je n'y comprend plus grand chose. Je goute enfin à cette solitude rêvée, celle d'arpenter les chemins de Venise loin de la foule et du bruit, des touristes et du commerce. Les ruelles et les raccourcis n'ont plus vraiment de secret pour moi. Plus de voitures et de pollutions depuis presque deux mois. La marche et les transports maritimes sont bien moins stressants. Et ces gens. J'en ai oublié la froideur parisienne et je me suis habitué à l'altruisme, la chaleur, le tutoiement à tous les ages, les conversations si simples et spontanées. Ici, c'est un monde parallèle. J'aime celui ci comme j'aime aussi l'autre, pleins de personnes qui me sont si chères. Je sais que j'ai raté pleins de belles choses à Paris, mais c'est un sacrifice que j'ai choisi de faire car ce voyage me tenait trop à c½ur. Je ne regrette rien. Mais le manque commence à devenir pesant. Chose qui m'aide à faire le point sur certaines choses et prendre conscience des gens qui ont vraiment de l'importance pour moi, depuis peu ou au contraire très longtemps. Des amitiés qui s'entretiennent, d'autres qui se ravivent, cette année promet d'être pleine de beaux souvenirs en perspective. Il me tarde ce moment ou je vous reverrais tous, fous autant que vous êtes, en découvrant notre nouvelle classe, cette nouvelle et dernière année qui commence. Vous retrouverez la même Sakina. Celle qui sourit, bavarde, va vers les autres, crache sa bouffe à la cantine, raconte des histoires, se donne en spectacle, imite et théâtralise, celle qui participe trop en cours, ne sait pas retenir ses fous rires larmoyants, celle qui est étourdie et oublie toujours quelque chose, celle qui se plaint, baille, traine des pieds, celle qui a un regard de tueuse et un rire lunatique, celle qui pouffe entre les blancs, râle contre les bus et se rebelle en y allant à pied, celle qui se promène tard la nuit sans anxiété, celle avec ses grands yeux et ses cheveux ondulés, ses décolletés et son khôl sous les yeux, sa peau toujours plus mate que celle des autres, celle qui s'éternise sur le piano et qui gratte la guitare comme une country girl, écrit d'une irrégularité passionnée et se met au travail à des heures impossibles, celle qui a le cri le plus strident de tous quand elle le veut, qui tourne en rond au téléphone... J'ai vécu pleins de belles expériences durant ces deux mois. Personne ne pourra jamais comprendre la sensation que l'on éprouve à se promener de nuit avec les amis à Venise, de nuit, s'allonger tous ensemble sur les pontons de bois à quelques centimètres de l'eau calme et étrange qui porte en elle tous les reflets de lumière de cette ville magique. Se baigner dans la lagune. En voilà une sensation étrange. Il y a des choses intérieures qui ont changé depuis ces jours-ci. Mais paradoxalement, au fond, je suis toujours la même. Je me comprend. Il me tarde de tous vous revoir, du plus profond du c½ur. A dans quelques jours...
Photo : A mes cotés, Leonardo, le plus jeune des enfants que je garde, qui est éperdument amoureux de moi, au Lido de Venezia, en Juillet 2008.